Banquiers.. Ils avaient promis de changer (Reportage)

Une mystérieuse voiture file dans le noir, la musique est lancinante, le ton dramatique, presque caricatural… C’est parti pour une heure d’indignation et de critiques contre la finance irresponsable et les banquiers cupides. La tentation de zapper est grande. On hésite… Que va-t-on apprendre de plus dans ce documentaire à charge ? Ne connaît-on pas déjà tout des turpitudes des grandes banques, des agences de notation, des escrocs à la Madoff ou des spéculateurs qui ont acculé l’Europe du Sud à l’austérité ? Eh bien, non ! Accrochez-vous ! La finance vous réserve encore quelques surprises… Malgré la crise, les banquiers n’ont pas encore totalement changé. Démonstration en trois temps:  (…)

Premier temps : le documentaire revient sur l’adoption par le Parlement français de la loi de séparation des activités bancaires, qui, en réalité, n’a pas séparé grand-chose. Ce sont les banquiers eux-mêmes qui l’avouent face à des députés médusés… Les discours indignés de Nicolas Sarkozy en 2008, puis de François Hollande en 2012 n’ont finalement débouché que sur une réforme a minima. Aurait-on dû aller plus loin ? Quelques anciens banquiers en sont convaincus. Ils regrettent surtout que le débat, avant la rédaction de la loi, ait été escamoté. Le lobbying des financiers et le calendrier politique ont étouffé toute vraie discussion. A la manière d’« Inside Job », le célèbre documentaire qui a démonté les conflits d’intérêts entre les universitaires et les grands établissements de Wall Street, la caméra piège l’un des rares économistes écoutés par le ministère des Finances et la Banque de France : Olivier Pastré. Il s’est clairement opposé à la séparation des banques en deux, avec d’un côté les activités de détail, de l’autre, les activités de marché. « Une connerie », jure-t-il. Mais qui assène ce jugement ? Est-ce Olivier l’universitaire, ou Pastré, le président d’IMBank, une petite banque d’investissement tunisienne ? Il assure qu’il est indépendant mais, devant la caméra, il fi nit par s’énerver. Dommage.

Deuxième temps : on repart aux Etats-Unis. S’est-on assagi de ce côté-là de l’Atlantique ? Visiblement pas. C’est encore là que les dérives les plus inimaginables ont lieu. Certains financiers n’hésitent pas à spéculer sur la mort. Comment ? Tout simplement en démarchant les personnes malades qui ont souscrit une assurance-vie (de type prévoyance) et en leur rachetant leur contrat. « Le problème avec cette assurance, c’est qu’il faut mourir pour en profiter », explique un témoin. Sauf si vous la revendez à un tiers, qui touchera le capital à votre mort au lieu de vos enfants ou vos proches… Pour convaincre les personnes âgées de franchir le pas, une incroyable publicité met en scène l’actrice Betty White, star de la série « Amour, gloire et beauté », 91 ans. Pour profiter de la vie, la vieille dame, entourée de rappeurs, monnaie son assurance-vie. Tant pis pour ses héritiers. Tant mieux pour la consommation. La réalité est, hélas, plus sordide : bien souvent ce sont des personnes malades qui vendent leur bien afin de financer leur traitement. Des fonds d’investissement se sont spécialisés dans le rachat de ce type de polices d’assurance, qui valent d’autant plus cher que le vendeur est proche de la mort. Qui achète ces produits d’épargne ? Beaucoup d’investisseurs européens attirés par un rendement à deux chiffres. Les banques françaises sont-elles impliquées dans ce business macabre ? BNP Paribas (à Guernesey) et le Crédit Agricole (au Luxembourg) ont fourni des services à ces fonds, dans le viseur des autorités depuis 2011.

Retour en France avec un autre scandale, qui, du coup, paraît presque banal : les emprunts immobiliers indexés sur le franc suisse. Ils n’ont pas été vendus seulement aux collectivités locales. Ce père de famille, client de BNP Paribas qui a voulu faire un placement immobilier, peut en témoigner. Il a emprunté pas cher et, pensait-il, sans risque. Sauf que la crise est passée par là et que le franc suisse s’est envolé face à l’euro, faisant exploser le coût de son crédit : de 140 000 euros il y a quatre ans, il est passé à 186 000 euros. La banque connaissait-elle ce risque ? Il semble que oui. Dans un effort de transparence, BNP Paribas accepte de répondre à toutes les questions et se veut conciliante. Elle assure qu’elle est prête à étudier au cas par cas la situation de ses clients. Ils sont 200 à porter plainte. La banque a tout intérêt à faire preuve de bonne volonté. Comme ses consoeurs, elle nous répète à longueur d’écran publicitaire qu’elle a changé. L’heure est aujourd’hui à la responsabilité, à l’esprit d’équipe, à la proximité dans toutes les enseignes. Il est temps, donc, que les banques mettent leurs actes en ligne avec leur discours. Quant aux autorités de contrôle et aux clients, ils ont bien intérêt à rester vigilants.

Source:  http://actuwiki.fr/film/27562/#sthash.IQGZqA8e.dpuf

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