La Banque d’Angleterre valide le propos de ces « conspirationnistes » en avance sur leur temps

Ray Y. Adamson pour lebonnetdespatriotes.net

La Banque centrale d’Angleterre a publié une information largement ignorée par les médias. Diagrammes à l’appui, l’article en question[i] explique les mécanismes de la création monétaire en Angleterre. Les thèmes abordés dans l’article sont repris et commentés dans une entrevue[ii] très peu consultée[iii]. Elle est transcrite ici ainsi que traduite ici par votre serviteur (vidéo ci-dessous).

L’IMPORTANCE CAPITALE DE CET ENTRETIEN

L’entrevue est effectuée dans la voute de la Banque d’Angleterre, le modèle des banques centrales modernes[iv], incluant celles de l’Union Européenne[v], des États-Unis d’Amérique[vi] et du Canada[vii]. Les intervenants sont entourés de lingots d’or, fait assez curieux considérant que le discours tenu est totalement irréconciliable avec la notion que l’or puisse servir de monnaie d’échange. Ce qui est dit est révolutionnaire et déstabilisant, parce qu’un cadre de la Banque centrale anglaise admet clairement que:

1- les banques commerciales n’agissent pas comme intermédiaires entre déposants et emprunteurs;

2- les prêts octroyés par les banques sont faits d’argent frais créé à cet effet;

3- le mécanisme du système de réserves fractionnaires n’existe pas et les livres d’économie sont dans l’erreur;

4- lorsque la création monétaire par les banques commerciales est jugée insuffisante par la Banque d’Angleterre, elle peut en imprimer elle-même, méthode nommée assouplissement quantitatif (AQ) ou en anglais « quantitative easing ».

L’ARNAQUE DE LA CRÉATION MONÉTAIRE

C’est maintenant officiel : les banques ne prêtent pas l’argent qu’elles ont en dépôts mais font l’opération inverse. Les banques créent l’argent qu’elles prêtent. Suite à une circulation dans l’économie, cet argent est déposé dans des comptes. Comme Ryland le dit si bien dans son entrevue : « Loans create deposits » (ce sont les prêts qui créent les dépôts) – voilà le mode principal de la création monétaire. Pour comprendre ce que cela implique, prenons le cas d’un ménage qui achète une maison. Le couple présente au banquier sa situation financière (revenus, dépenses, actifs, dettes) et le banquier octroie un prêt. L’argent est inventé aussitôt que les emprunteurs signent le contrat. Le vendeur de la maison dépose l’argent dans son compte, c’est la création du dépôt. L’arnaque: des intérêts sont payés durant 25 ans illégitimement, puisque l’argent qui sert à acheter la maison est créé par le bon crédit des emprunteurs et non sur un travail de la banque comme intermédiaire pour ses déposants. Pire : les « reprises de finance » sont faits sur de l’argent créé par les banques.

LE RÔLE DE LA BANQUE CENTRALE

Si les banques créent l’argent, le rôle de la Banque centrale est de fixer une limite à cette création…ou de l’augmenter. En temps normal cela est fait en déterminant le taux d’intérêt. Si l’économie est stagnante, la Banque baissera le taux. Si l’économie surchauffe, la Banque l’étouffera avec un taux plus élevé. Il n’y a donc pas de place pour la théorie du multiplicateur d’argent (les réserves fractionnaires) car ce n’est pas la quantité des réserves que la Banque centrale contrôle, mais plutôt le prix desdites réserves. Aujourd’hui, dans ce que la Banque d’Angleterre appelle la Grande récession, le prix des réserves ne peut plus baisser[viii]. La Banque centrale utilise alors un autre outil: l’assouplissement quantitatif.

L’ASSOUPLISSEMENT QUANTITATIF

Un des grands thèmes abordés lors de cette entrevue est l’assouplissement quantitatif. L’AQ implique que la Banque centrale imprime de l’argent frais (rappel : dans la méthode illustrée plus haut, ce sont les banques commerciales qui impriment l’argent). La Banque centrale achète ensuite des instruments financiers auprès des corporations non-bancaires. Prenons un scénario concret: la Banque centrale imprime de l’argent afin d’acheter des obligations gouvernementales détenues par un fonds de pension. Celui-ci possède un compte dans une banque commerciale. La Banque centrale fait un dépôt dans ce compte en échange des titres obligataires du fonds. Le fonds peut ensuite utiliser l’argent obtenu contre ses titres afin d’acheter d’autres titres tels que des actions cotées en bourse ou des obligations corporatives offrant un rendement supérieur. Les corporations qui obtiennent l’argent à travers leurs émissions de capital ou de dette peuvent ensuite acheter des équipements, payer des employés ou rembourser d’autres dettes.

L’ARNAQUE DE L’ASSOUPLISSEMENT QUANTITATIF

Il est certainement souhaitable que des entreprises fassent des investissements et paient leurs employés car cela fait tourner l’économie, mais on peut se demander pourquoi des corporations cotées en bourse ont le privilège de jouir d’argent créé par des entrées scripturales dans un ordinateur. On se demande comment il puisse être équitable que les banques jouissent d’intérêts sur de l’argent qui n’existaient pas la veille. En effet, l’argent créé par l’AQ est en transit dans le compte du fonds et cela génère des intérêts. Finalement, le travailleur est en droit de demander pourquoi  les fonds de pension se départissent de leurs placements sûrs pour acheter des titres plus risqués. La Banque centrale rend les liquidités accessibles (et les profits faciles) à tous ces intervenants, mais le citoyen ne peut ni créer de l’argent, ni jouir d’intérêts sur de l’argent fictif, ni payer ses dépenses en émettant des dettes contre de l’argent fictif. Où est la justice pour le citoyen?

LES THÉORIES DE CONSPIRATION ET LA DISSIDENCE

Le monde change, les économies se bouleversent et malin sera celui qui devinera quel forme prendra l’argent dans le futur. Certains caressent déjà de différents fantasmes: le retour au standard or[ix], l’encouragement du troc ou des devises alternatives tel que le Bitcoin (ou le Titcoin[x]), la monnaie « fondante »[xi] et même l’établissement d’un étalon-travail[xii]. Malgré qu’ils soient souvent profanes, les dissidents cherchent des solutions car ils sont convaincus que l’argent imprimé par le système actuel est à la base d’une vaste fraude et perd continuellement sa valeur. Ils n’ont pas besoin que la mère de toutes les banques centrales leur dise autant. Par contre, le citoyen lambda n’ayant aucune patience pour les histoires du complot Rothschild ne restera pas insensible à cette réalité si elle vient d’une autorité incontestable. C’est précisément ce que la Banque d’Angleterre vient de lui livrer. Il lui suffira d’entendre un prêtre du grand temple de la City valider ce que les dissidents disent depuis des années: que des entreprises privées vouées au profit – les banques commerciales – impriment l’argent du pays, que les prêts ne sont pas faits à partir de dépôts en caisse et que la Banque centrale, ayant le monopole de l’argent, peut en imprimer autant qu’elle veut et quand il lui plait. Tout le reste, Rothschild et al, est sans intérêt.


 

[i] publié le 14 mars 2014: http://www.bankofengland.co.uk/publications/documents/quarterlybulletin/…

[ii] https://www.youtube.com/watch?v=CvRAqR2pAgw

[iii] En date de publication de ce billet par Le bonnet des patriotes, la vidéo sur la chaine officielle de la Banque d’Angleterre a été visionnée 52 489 fois sur YouTube. Comparer ce piètre résultat d’une source officielle pour une vidéo accessible (moins de 5 minutes) au résultat (123,863  vues) d’une harangue vieille de plusieurs décennies d’une durée de 43 minutes sur le complot Rothschild, remise en ligne sur YouTube moins de 3 mois plus tôt en décembre 2013: https://www.youtube.com/watch?v=90BZPIHyiMg.

[iv] La Bank of England est créée le 27 juillet 1694

[v] BCE: 1e juin 1998

[vi] Federal Reserve Act: 23 décembre 1913

[vii] Banque centrale du Canada: 3 juillet 1934

[viii] Le taux d’intérêt est présentement 0.5%, il reste donc une marge d’un demi point de pourcentage

[ix] Lire Antal Fekete, Le retour au standard or

[x] http://www.lebonnetdespatriotes.net/site/Titcoin_la_prostitution_du_futur

[xi] Théorie intéressante de Gesell et Avigliano. Lire Ezra Pound, Le travail et l’usure, pp 40-41 aux Éditions KontreKulture

[xii] Lire Francis Delaisi, La Révolution européenne, aussi disponible aux Éditions KontreKulture

 

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