Les Juifs, rois de l’époque : histoire de la féodalité financière de Alphonse Toussenel

Les Juifs rois de lepoque  histoire de la feodalite financiereAlphonse Toussenel (1803-1885) est un journaliste et écrivain dont les premiers ouvrages furent consacrés à l’histoire naturelle.  Les Juifs, rois de l’époque : histoire de la féodalité financière  fut édité pour la première fois en 1845. Nous sommes alors sous le régime de la Monarchie de Juillet (1830-1848) qui vit l’installation sur le trône des Orléans, branche cadette de la famille royale, remplaçant la branche aînée, celle des Bourbons qui régna à la Restauration (1814-1830). Ce changement marqua le passage d’une souveraineté de droit divin, le roi était Roi de France, à une souveraineté nationale, le roi devint Roi des Français. Mais il était surtout le roi de la bourgeoisie libérale émergeant de  l’industrialisation rapide du pays, à qui le premier ministre Guizot lança : « enrichissez-vous ! », alors qu’une nouvelle classe sociale, celle des ouvriers dont « le salaire n’est que le nom déguisé du servage », sombrait dans la misère. Les nouvelles lignes de force, issues de la révolution de 1789 qui vit les anciennes féodalités nobiliaires remplacées par les féodalités financières, marquaient de plus en plus profondément de leur  empreinte le paysage français. Mis en place par ce nouveau pouvoir, les politiques ne gouvernaient pas pour le bien du peuple mais étaient au service des financiers et des maîtres de l’industrie : « ce sont les marchands qui règnent ; donc le roi des Français ne s’appelle pas Louis-Philippe, et il y a une foule de rois des Français en France, et ces souverains […] sont des éleveurs de bestiaux, des fabricants de draps et des producteurs de fer et de sucre indigène.  »  L’auteur pose la question : en 1789, le peuple ne s’est pas libéré d’un tyran, il a changé de maître ; qu’y a-t-il gagné ? Et il répond, s’adressant au peuple : « une aristocratie nouvelle s’est assise sur les débris de tous les gouvernements qu’elle t’a fait renverser, et elle a profité de tes victoires pour resserrer tes chaînes et t’exploiter comme tes maîtres d’autrefois. »

Alphonse Toussenel nous livre ici une description minutieuse et factuelle de ces empires de l’argent, bâtis avec la complicité active des politiques dont les carrières sont à la merci d’un article dans ces journaux qui, s’ils ne sont pas directement détenus par cet empire financier, vivent de  l’annonce, – on dira plus tard de  la réclame, et aujourd’hui de  la pub  – et sont donc eux-mêmes tributaires de cet empire. Au-delà d’une critique méthodique du monde dans lequel il vit, monde étrangement ressemblant au nôtre, Toussenel nous faire part de ses réflexions, des solutions qui lui semblent, tant sur le plan économique que sur le plan humain, les plus justes et les plus à même de redonner à chacun une place digne, au sein d’une société dans laquelle le travail serait un droit et mériterait la plus juste reconnaissance, même s’il faut pour cela une grève universelle afin « que l’on voie bien une fois pour toutes si c’est le riche qui fait vivre le travailleur, ou le travailleur qui fait vivre le riche. »

Affirmant que «  le libéralisme ne se lavera jamais de son alliance avec les banquiers »,  Alphonse Toussenel prône l’avènement d’un État socialiste capable de se libérer de l’emprise de la finance, quitte à rompre traités et contrats, puisque « il n’a pas été écrit, dans le contrat entre l’État et les juifs, que le premier continuerait à payer aux seconds un intérêt de 10 pour 100 par an, jusqu’à la consommation des siècles ». État socialiste que l’on attend toujours aujourd’hui…

Voir aussi, sur ce thème : Les Juifs et la vie économique

Werner Sombart (1863-1941), sociologue allemand, étudia principalement l’histoire du système économique moderne, notamment dans son ouvrage majeur Le Capitalisme moderne (1902). Très célèbre à son époque en Allemagne (bien plus que son compatriote Max Weber), où il fut professeur à l’université de Berlin à partir de 1917, Sombart est l’un des grands oubliés de la sociologie moderne.

Au début du XXe siècle, l’Occident vit à l’ère de l’hyper-industrialisation. Les hommes sont fascinés par le progrès technique et la puissance industrielle, ainsi que par l’accroissement exponentiel de la complexité économique. La prise de pouvoir des banques par la manipulation du crédit et de la monnaie, mais aussi l’effervescence scientifique et militaire générant de nombreuses ouvertures de marchés ont développé et imposé le capitalisme comme système dominant. Dans ce monde nouveau filant tout droit vers la Première Guerre mondiale, les États-Unis apparaissent comme la nouvelle puissance en devenir.
En 1904, Max Weber, sociologue allemand, publie L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, essai dans lequel il tente d’expliquer l’émergence de ce nouveau système économique. Selon lui, au cours des derniers siècles, les pays occidentaux auraient trouvé dans les valeurs du protestantisme puritain (ascèse, piété, vocation) une nouvelle vision du monde propre à l’activité capitalistique.

Quelques années plus tard, en 1911, un autre Allemand, Werner Sombart, répond à Weber en publiant Les Juifs et la vie économique. Au fond, Sombart est d’accord avec Weber : les valeurs du puritanisme et le mode de vie qu’il génère ont favorisé l’émergence du capitalisme. À ceci près que pour Sombart, « le puritanisme n’est que du judaïsme »…
Les Juifs et la vie économique constitue une étude des valeurs du judaïsme et de toutes leurs conséquences sur la formation d’une vision du monde proprement capitalistique. Sombart analyse les fondements de l’économie moderne plusieurs siècles en amont et dans plusieurs pays occidentaux, s’attardant particulièrement sur l’apparition du système bancaire et monétaire, et relie ces développement historiques aux caractéristiques spécifiques de la vie des juifs en Europe et aux États-Unis. N’hésitant pas à incorporer dans ses analyses les textes religieux eux-mêmes, y compris le Talmud, ou bien l’attitude des juifs vis-à-vis des étrangers, ou bien encore la délicate problématique raciale, Sombart nous livre une étude magistrale et complète des origines juives du capitalisme.
Il n’est pas étonnant que le livre de Weber soit passé à la postérité dans la sociologie « officielle » quand celui de Sombart sombrait dans les oubliettes de l’histoire. À l’heure de la pensée unique où, en France au moins, toute mise en lumière du rôle des juifs dans l’histoire se solde automatiquement par une accusation d’antisémitisme, ce texte, écrit à une époque d’une certaine hauteur intellectuelle, est aujourd’hui plus que jamais d’actualité.

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